Dix ans déjà qu’on n’avait plus vu Sinclair sur scène. Le voilà de retour, et quel retour ! Il s’est retrouvé, et on le retrouve avec bonheur...
Crédit photo Nina Blanc-Francard
LA QUESTION
Qu’est-ce qui vous a donné envie de reprendre la route, de remonter sur scène ?
J’étais un peu perdu. Mes concerts il y a dix ans, c’était ok musicalement, mais je n’avais pas trouvé le public, je déconnais, j’étais dans la drogue, c’était n’importe quoi... J’ai entamé une traversée du désert. Je me suis installé à Arles, j’ai fait du nettoyage dans ma vie. Je me disais que je ne voulais plus faire de concerts, mais je me mentais à moi-même : quand on a remonté un projet, un groupe, que je m’y suis remis, j’ai pris conscience que c’était toute ma vie !
J’adore retrouver la scène, après toute cette expérience, ce grand ménage : j’y reviens avec cinquante-cinq ans de vie derrière moi, un peu plus de sagesse, et je ne suis plus dans l’ego, mais dans le partage de la musique à fond, avec une technique et une musicalité plus précises, et une joie profonde. Quand on a été privé de ce qu’on aime, le retrouver c’est assez extraordinaire.
L’INTERVIEW
Vos chansons ont-elles passé l’épreuve du temps ?
Oui ! Et moi, je dois être en forme pour passer mes épreuves ! Bien sûr il reste encore un peu de travail et de la route à faire pour cette tournée, mais ce qui compte c’est continuer à s’amuser.
Sur scène, c’est bien sûr un best-of, comme souvent quand on fait une tournée finalement… J’ai repris pas mal de titres de mon album So Sorry que j’aime beaucoup, et d’autres chansons bien sûr. Tout est revisité, réarrangé : c’est ça aussi qui me fait triper, remettre les mains dedans à fond ! Et en ce moment on enregistre de nouveaux titres, donc il y aura forcément à un moment des nouveautés sur les lives aussi, plutôt à l’automne. Comme je suis tout seul, qu’on est notre propre maison de disque, notre propre tourneur, on peut faire évoluer les choses comme on veut. C’est l’avantage d’être 100% indépendant.
Comment s’est passé votre première fois sur scène lors de ce retour ?
C’était dans un festival, devant 5000 personnes, donc on savait qu’on allait sentir direct si ça passait ou pas avec le public. Il y avait une espèce de tension pendant les premières minutes, puis c’est revenu : l’aisance, le plaisir, même si quelques petites choses étaient un peu rouillées. Ce qu’on fait sur scène est vraiment 100% organique, pas de machines, mais quand même une production moderne. Docn on est obligés de vibrer à fond tous ensemble pour que ça sonne, et que les gens sentent cette énergie et ce plaisir. Ce soir-là, j’ai compris que ça redémarrait pour de bon, et mieux que là où j’avais arrêté ! Pas en mode « sauvetage de carrière » ou « retour des morts-vivants » (même si on n’est pas passé loin de ça avant ce projet) … Peut-être qu’il faut passer par une petite mort intérieure pour mieux revenir ? Bref, je reviens sur scène vieux, mais en forme !
Vous donneriez quel conseil à un artiste qui débute, pour ne pas tomber dans les mêmes erreurs que vous ?
Calmer son ego, et ne pas chercher la lumière, mais la justesse. Les erreurs viennent souvent de l’envie d’aller trop vite. Et c’est un métier à la con, où on a envie d’être vrai, de donner un maximum de soi, mais on est aussi bouffés par l’égo. C’est cette dualité qui fait faire de conneries ! Il faut se rendre compte aussi qu’aujourd’hui, la musique va devenir un hobby pour certains, peu de gens pourront en vivre décemment. Avec l’arrivée de l’IA, ça va être difficile de démontrer que ce qu’on fait a de la valeur. J’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur ce que j’ai fait avant, ça justifie ce que je fais, ça amène du monde aux concerts. Mais un jeune artiste actuel, je crois qu’il va devoir être singulier, et jouer un maximum de concerts : il faut parler aux gens, être face au public, dans les bars ou dans les salles de concerts, aller au contact. Et encore une fois, ne pas céder à la tentation d’aller trop vite.
LE QUESTIONNAIRE DE PROG !
Dernière chose avant d’entrer en scène ?
Gigoter, et taper dans les mains des copains.
L’album de votre enfance ?
« Purple Rain » de Prince. Et aussi « Make it big » de Wham. Deux artistes et deux styles complètement différents, mais ce téléscopage a créé une sorte de schizophrénie intéressante dans ma créativité.
Le film ou la série coup de cœur du moment ?
Je viens de voir le film coréen « Strangers », un film terrifiant (j’aime les films qui font peur).
En sortant de scène, la première chose...
Pas très original : taper dans les mains des copains !
En concert le 12 mars 2026 au Bateau Ivre à Tours.