Rappeuse qui monte, mais aussi comédienne dans le spectacle musical « Molière », la jeune femme a plus d’une corde à son arc...
Crédit photo Saïd CODN
LA QUESTION
Vous êtes passée par les réseaux sociaux car pour les maisons de disques, vous n’aviez pas la bonne image... Qu’est-ce qu’on attend d’une rappeuse ?
Je pense qu’aujourd’hui la France a encore des clichés sur le rap, et qu’il y a encore beaucoup de misogynie sur pas mal de sujets. Le rap est encore vu comme masculin et venant des quartiers défavorisés. Des hommes ont commencé à casser cette image, mais pour une femme, c’est encore difficile. Alors je prends position, je me bats pour la convergence des luttes, avec un message.
Aujourd’hui en tant que femme dans le rap, je prends position. Je suis une femme, donc je fais partie d’une minorité qui a été oppressée, comme tant d’autres minorités. Alors je transmets un message parfois par l’humour, ou par une inversion des codes : on dit que le rap est vulgaire et parle mal des femmes ? Alors pourquoi ne pas mal parler des hommes à notre tour ? Mon petit jeu c’est d’aller provoquer, choquer, pour ensuite faire réfléchir. Et je parle beaucoup de convergence des luttes et d’amour dans tout ce que je fais, car pour moi c’est l’amour et le respect qui doivent nous guider, nous éviter de tomber dans le jugement.
L’INTERVIEW
Comment est accueilli cet engagement par le public et par le monde du rap ?
Ça vient tout doucement. Evidemment au début, quand on arrive avec un discours comme le mien, on a des gens qui nous regardent de travers. Il faut réussir à discuter petit à petit. Forcément, je suis partie d’un public presque exclusivement féminin. C’est facile de parler aux femmes quand on en est une… J’ai dû chercher comment je pouvais parler aussi aux hommes, comment eux aussi peuvent prendre part à ces luttes contre toute forme d’oppression. Que les personnes oppressées crient leur inconfort c’est une chose. Mais pour changer les choses, il faut que les personnes qui les entourent en prennent conscience et agissent aussi ! Car en n’agissant pas, on a une part de responsabilité.
Aujourd’hui j’ai de plus en plus d’hommes dans les salles de concert, des parents (papas ou mamans) qui amènent leurs enfants… même s’il y a des gros mots ! Mais on n’a jamais empêché des gamins d’écouter et dire des gros mots je crois ! Je ne suis pas responsable du langage qu’auront ces jeunes après, mais s’ils ont des idées plus ouvertes, j’en serai contente.
Ceux qui vous suivent ont peut-être été surpris de vous retrouver dans Molière, le spectacle musical : comment vous êtes-vous retrouvée dans cette aventure en 2023 ?
Je suis montée à Paris pour faire de la musique, mais sans savoir trop où aller… J’ai toqué aux portes des maisons de disques, sans succès, car je n’ai pas le profil type qu’on attend d’une rappeuse. Donc j’ai décidé de passer par les réseaux sociaux pour me faire connaître. Quand Dove Attia a monté son spectacle musical, il cherchait des comédiens et comédiennes qui sachent rapper, donc il m’a recrutée comme rappeuse, et grâce à cette expérience j’ai aussi appris à être comédienne. Ça sortait des codes de ce que j’avais déjà fait, et ça a été une super école pour moi !
Après cette expérience, et votre communauté importante sur les réseaux, les maisons de disques vous ont finalement ouvert leurs portes ?
En grand ! Ils sont venus me chercher en me disant que j’étais la nouvelle Diams, puisque c’est presque la seule référence qu’on a en France. Ils ont vu l’argent que je pouvais potentiellement faire. Bon, aujourd’hui je ne gagne pas des mille et des cents : si on veut devenir riche on ne devient pas artiste, on devient expert-comptable ! En tout cas à ce moment-là ça ne m’intéressait plus, car j’avais développé mon projet en indépendante.
Et ce projet, sur scène, ça donne quoi ?
Je suis accompagnée sur scène par un guitariste, Jules, à la guitare et aussi au pad pour lancer des sons. En étant deux, ça permet d’apporter de l’énergie, de la communication sur scène et avec le public.
LE QUESTIONNAIRE DE PROG !
Dernière chose avant d’entrer en scène ?
Boire, et m’étirer car mon entrée en scène inclut de la danse.
L’album de votre enfance ?
« L’école du micro d’argent » de IAM, je me revois danser dessus avec mon père.
Le film ou la série coup de coeur du moment ?
J’ai dévoré Loups-garous de Fary et Panayotis Pascot, et je suis sur le jeu vidéo Expedition 33.
Livre de chevet ?
La clé de votre énergie, de Natacha Calestrémé, et en ce moment je lis Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig.
En sortant de scène, la première chose...
Manger !
En concert le 21 mars à l’espace Jean Cocteau de Monts.