Philippe Lafeuille

Interview publiée dans le Prog! n°189 mars 2022

« Je me moque de certains travers »

Chorégraphe de la compagnie Chicos Mambo, Philippe Lafeuille n’en revient toujours pas du succès de Tutu. A l’occasion du retour à Chambray du spectacle, nous lui avons posé quelques questions.

 

Tutu, c’est un peu le tube de Chicos Mambo…

Effectivement, j’ai fait beaucoup de spectacles depuis la création de la  compagnie en 1994, mais Tutu reste marquant, et continue à tourner. J’en suis ravi, c’est assez incroyable d’avoir une telle visibilité pour un spectacle de danse… Et je me demande à chaque fois à quoi c’est dû !

Et quel objectif aviez-vous avec Tutu ? Vous moquez de la danse ?

Surtout pas ! Ça fait 40 ans que je suis dans cet univers, la danse, c’est ma vie ! C’est plutôt un hommage réjouissant au monde de la danse. Je me moque de certains tics, de certains travers, mais tout comme je me moque de moi-même : c’est bien d’avoir un peu d’auto-critique, non ? Tout le monde en prend donc un peu pour son grade, mais avec bienveillance. Mais pas besoin d’avoir beaucoup de références non plus pour profiter du spectacle, car ce n’est pas élitiste, au contraire, c’est grand public. Et si j’amène vers la danse des spectateurs qui n’y allaient pas avant, c’est encore mieux !

La transmission, le partage, ça fait partie de vos motivations ?

Mon projet artistique, c’est défendre le corps comme un médium important, qu’on oublie souvent. Le corps est un moyen d’exprimer des choses, et de lacher prise, de créer, de nous connecter aux autres. Le corps est libérateur. Quand je suis présent, je propose au public une petite chorégraphie après le spectacle : les gens en ont besoin, encore plus après les confinements. Être libre dans son corps c’est être libre dans sa tête.

Vous animez notamment le spectacle « Le bal des princesses », où les gens dansent…

J’aime amener vers la danse des gens qui en sont éloignés. Je mène aussi des actions culturelles en parallèle du travail de création. Car bien sûr on peut faire une heure de gym par semaine, mais avec la danse, le corps devient créatif. On se connecte aux autres par la parole ET par le corps.

Les danseurs de Tutu ont-il changé depuis la création du spectacle ?

Oui on change régulièrement, ce qui redonne un nouveau souffle à chaque fois, c’est important. Ce sont des danseurs venant de différents univers, et le plus important, c’est qu’ils aient le sens de l’humour et soient prêts à faire rire, faire le clown, jouer un peu la comédie et me suivre dans mes délires.

Les costumes sont tout aussi délirants et importants !

Je propose en effet des spectacles hauts en couleur. La danse mais avec humour et poésie, c’est la marque de fabrique de Chicos Mambo. Et dans ces spectacles il y a des personnages, incarnés par les danseurs, et il faut leur donner une « peau » avec les costumes, ce sont des spectacles très visuels. Peut-être à la manière anglo-saxonne ? 

Votre musique de chevet en ce moment ?

Ça change souvent.. Hier c’était « November » de Richter.

Interview publiée dans le Prog! n°189 mars 2022

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